En 2017, j'ai co-fondé l'écovillage de Pourgues en Ariège. 9 ans plus tard tout s'est arrêté de...
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En 2017, j'ai co-fondé l'écovillage de Pourgues en Ariège. 9 ans plus tard tout s'est arrêté de l'intérieur. Et parmi tout ce que j'ai compris, il y a quelque chose de plus silencieux que le pouvoir, plus difficile à nommer et pourtant tout aussi dévastateur. Et c'est la dissolution du JE dans le NOUS. Et ce piège-là il ne commence pas en écolieux seulement, il commence bien avant. Dans un couple par exemple. Et dès qu'on vit au quotidien avec quelqu'un, le mécanisme s'enclenche la plupart du temps. On a tendance du coup à arrondir les angles, on s'adapte au rythme de l'autre, à ses humeurs, à ses besoins. Et on appelle ça de l'amour, ou du compromis, ou de la vie commune. Mais à force, quelque chose disparaît. Et dans un écolieu, ce mécanisme s'accélère et s'amplifie à une vitesse qui est vertigineuse. Parce qu'il ne s'applique plus à une seule personne mais à 10, 20, 30 ou plus. Et là quelque chose de très subtil se produit dans le langage lui-même. On arrête de dire je, et on a tendance à dire on. On a besoin que cette situation change, on veut résoudre ce conflit, on a besoin de plus d'espace, on a besoin de développer tel ou tel projet, on souhaite avancer ensemble. Ça semble collectif, ça semble très beau. Mais en réalité, si on creuse un petit peu, ce on est souvent un JE qui a honte de lui-même. Un JE qui ne s'autorise plus à exister seul. Et qui a appris que ses besoins propres, ses désirs personnels ou ses limites individuelles, eh ben c'est de l'égoïsme. Alors on se dissout dans le ON, pour avoir le droit d'exister quand même. Et quand tout le monde fait ça en même temps, ben il se passe quelque chose d'assez étrange dans un groupe. Les personnalités s'effacent, les différences s'estompent aussi. Le collectif devient une masse uniforme, lisse, prévisible. Et paradoxalement, il s'appauvrit aussi. Parce qu'en réalité c'est la diversité des JE qui fait la richesse du NOUS. C'est la friction entre des individus distincts qui crée quelque chose de vivant. Et ce que j'ai observé à Pourgues, et ça m'a vraiment profondément marqué, c'est que des personnes que j'avais rencontrées à leur arrivée, qui avaient une vraie personnalité, une couleur bien à elle, une façon d'être unique, ces mêmes personnes au fil du temps, eh bien je les reconnaissais plus. C'est comme si elles s'étaient dissoutes complètement dans le projet, dans la vision commune, dans ce qu'on appelle le bien collectif. Et vers la fin, j'avais même l'impression de ne plus m'adresser à des individus mais à une espèce d'entité unique qui parlait en groupe, qui pensait en groupe, qui ressentait en groupe. Des gens que j'aimais, que je ne retrouvais même plus derrière leurs propres yeux. Et ce n'est pas une critique de ces personnes. J'ai été là-dedans aussi et c'est un mécanisme. Et il est puissant, il est silencieux et on ne le voit pas venir. Lorsqu'il n'y a plus de frontières entre les individus, il n'y a plus de rencontre possible. Il n'y a qu'une grande masse tiède où tout se mélange, et où plus personne ne sait très bien où est-ce qu'il commence et où est-ce qu'il finit. Le JE n'est pas l'ennemi du NOUS, c'est sa matière première. Sans JE qui est fort et distinct, le NOUS se vide et finit par tourner sur lui-même, il tourne en rond. Que ce soit à 2 ou à 40, c'est la même chose. Et parfois on se réveille un matin et on ne sait plus si les choses qu'on fait, c'est parce qu'on a envie de les faire ou parce que le groupe nous amène à les faire. J'ai une question à te poser : est-ce que tu sais encore ce que toi tu veux ? Ou est-ce que tu as laissé le nous répondre à ta place depuis trop longtemps ? Si tu as vécu ce phénomène-là, dis-le-moi en commentaire et je lis tout. Prends soin de toi et à très bientôt. [Texte à l'écran : Le piège Des Écolieux. La dissolution de « JE » Dans le « NOUS ». Bientôt le livre (voir description). LE PIÈGE DES ÉCOLIEUX La dissolution du JE dans le NOUS avant de vivre en collectif YOHAN SANCERNI]
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